Nouvelle – fin

Suite et fin de la nouvelle de Marion qui a été primée en 2018 au concours de l’AMOPA.

 

Résumé :

 

L’héroïne se réveille dans une chambre d’hôpital et apprend qu’elle est atteinte d’un cancer…

 

 

J’explosai de rire. Ça ne pouvait pas m’arriver ce genre de choses, ça n’arrive qu’aux autres!  Les adultes attendirent patiemment que je me calme, lorsque je compris que ce n’était pas une blague. Un silence s’abattit sur la pièce, alors que je tentais d’assimiler ce que je venais de comprendre. Je’hoquetai et fondis en larmes, suivie de ma mère qui, jusque-là, s’était retenue, et qui me prit immédiatement dans ses bras. Du coin de l’œil, je voyais mon père, tendu et droit comme un i sur sa chaise, le regard vide et brillant. Il se retenait. Je devais faire la même chose. Pour lui, pour ma mère. A mon tour je me redressai, séchai mes larmes et regardai l’homme derrière son bureau dans le blanc des yeux, et demandai de but en blanc :

-Je vais mourir ?

Il se mordit la lèvre. Je me levai, sortis sans bruit. J’avais atteint mon seuil de mauvaises nouvelles pour la journée.

 

Rapidement, je déménageai à l’hôpital, pour une chimiothérapie avant l’opération, afin de rétrécir la tumeur de quelques centimètres, qui se trouvait dans mon poumon, avant de me l’enlever. J’allais mourir. C’était les seuls mots que je m’autorisais à dire pour décrire mon état. Pas besoin de me berner d’illusions, c’était le cancer le plus mortel: pourquoi je survivrais ?

Mes amis me rendaient souvent visite, à la fin des cours, le weekend, parfois simplement parce qu’ils passaient dans le coin. Ils me rapportaient mes devoirs, pour  que je n’aie pas de retard quand je reviendrais en cours. On discutait beaucoup, et ils me racontaient souvent ce qui se passait au collège.

 

Je me suis également fait un ami à l’hôpital, à contre cœur, moi qui ne voulais pas me rapprocher de personnes qui risquaient de mourir, ce qui me ferait souffrir si cela arrivait. Il s’appelait Matthieu, même si tout le monde le surnommait Matt.

Je me souviens encore du premier truc qu’il m’a dit, avant qu’on ne devienne quasiment inséparables :

« Tu sais Mélanie, profite, profite des visites de tes amis, cela ne va pas durer. On est malade, les gens ne s’approchent pas des malades, ils ont trop peur qu’on leur refile ce qu’on a. Ils vont te trouver un tas d’excuses pour s’éloigner de toi. Reste plutôt avec moi au lieu de fuir toutes les personnes de cet hôpital, après tout on est pareil, avec les autres aussi. »

Je lui en ai beaucoup voulu, et je connaissais mes amis, jamais ils ne me laisseraient tomber, jamais.

 

Le temps passa. Je m’étais rasé les cheveux, à cause de la chimio. Cela faisait trois semaines que j’étais internée dans cette unité de soins pour enfant, à me trimballer une perche à perfusion partout où j’allais. Je n’arrêtais pas de tousser, j’étais encore extrêmement fatiguée, mais je ne crachais plus de sang depuis un moment, et ma nausée avait disparu. J’espérais que c’était bon signe.

Dans ma tête, j’étais passée de « Je vais mourir. » à « J’ai une chance de survivre ! ». Je passai maintenant tout mon temps avec Matt, et malheureusement, il avait raison. C’était devenu très rare que je voie mes amis, j’espérai seulement que toutes leurs excuses étaient vraies, même si avant je passais devant tout. Quand j’avais posé la question au jeune malade, il ne m’avait pas répondu, et m’avait seulement prise dans ses bras, où j’éclatai en sanglots. […]

 

J’avais peur. Ma tumeur n’avait pas vraiment rapetissé, la chimio n’avait  quasiment pas servi.

Mes parents se trouvaient près de moi et ne me lâchèrent pas, tentant de me changer les idées en me parlant de sujets divers qui ne m’intéressaient en aucun cas. Je retenais seulement le fait que j’avais 50% de chance de survie. C’est-à-dire, assez peu. Je m’allongeais, on m’endormit, et ma vie était entre leurs mains.

 

Ça faisait plusieurs jours que j’étais dans la salle de réveil, où je sombrai dans le coma. Transférée autre part, sûrement dans ma chambre, j’avais le droit aux visites, et je pouvais entendre chaque personne entrer, parler, pleurer et me supplier de me réveiller. Pensaient-ils que c’était facile ? Que c’était un choix pour moi de devoir rester allongée, à écouter les gens se lamenter, sans pouvoir bouger un seul muscle ? J’avais l’impression de ne plus avoir le contrôle de mon corps, et alors que je tentais vainement d’ouvrir les paupières, la sensation que c’était devenu du plomb m’insupportait.

 

J’ouvris les yeux, qui papillonnèrent sous la lumière des néons de l’hôpital, et je bougeai lentement chaque partie de mon corps, quand je le vis, appuyé sur la rambarde de mon lit, tendu, les yeux brillants. Je lui souris.

Matt se jeta dans mes bras pour me serrer aussi fort qu’il le pouvait, sans pour autant me faire mal. Je pleurais moi aussi, heureuse d’avoir gagné, d’être là aujourd’hui.

Mes parents se précipitèrent également à mon chevet, des larmes de joie sur le visage.

 

Le temps passa, et cela faisait maintenant plusieurs mois que j’étais rentrée chez moi.

J’avais retrouvé mes amis du collège, ceux qui m’avaient laissée tomber alors que je pouvais mourir, et je refusais de leur parler, alors qu’une boule dans la gorge remontait à chaque fois que je les voyais.

Matt, lui, avait déménagé pour se retrouver dans le même établissement scolaire. Il était devenu mon voisin, pour le plus grand malheur de nos parents, qui essuyaient d’un geste de la main nos 400 coups faits ensemble.

 

Ce soir, j’étais dans une aire de jeux pour enfants, assise sur une balançoire, face à Matt.

-Tu devrais leur pardonner.

Je relevai la tête, ne comprenant pas ce qu’il me disait.

-Comment ça ?

-A tes amis.

-Mais pourquoi ? Je suis très bien, je n’ai pas besoin d’eux.

-Faux, et ce sont tes plus vieux amis.

-Le temps ne les rend pas meilleurs.

 

Il sembla réfléchir. Je soupirai et lui chuchotai :

-J’ai toute la vie devant moi, maintenant.

 

Matt se pencha vers moi et répliqua sur le même ton une phrase qui restera toujours dans ma tête.

-Oui, et profite, de toutes façons, tu n’en sortiras pas vivante.

 

Il avait raison, j’appliquerai son petit conseil toute ma vie, et puis de toutes façons, j’ai battu le cancer, qu’est-ce qui peut me faire peur, désormais ?

Marion

 

 

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