Nouvelle

Nous vous présentons aujourd’hui la première partie d’une nouvelle écrite par Marion Jacquemin qui a été primée en 2018 au “Prix Maupassant de la jeune nouvelle”.

 

J’ai toujours détesté les cours de sport. Le fait d’être morte de fatigue dès les premières secondes , alors que tu dois courir vingt minutes non-stop, que ta peau prend la couleur d’une tomate bien mûre et que tu dégoulines de transpiration, courbée en avant devant le prof qui te jauge d’un regard noir, en disant que tu pourrais faire beaucoup mieux, tout ça, ce n’est vraiment pas pour moi !

Ce jour-là, on fit sport dans la forêt qui ne se trouvait pas très loin de l’établissement, l’air était humide et une légère brise faisait voleter mes cheveux, que je m’empressai d’attacher en une rapide queue de cheval.

Sur la ligne de départ, le professeur nous indiqua les consignes et nous donna le temps que chacun devait faire.

  • Mélanie Sender, 18,90 minutes les deux tours.

J’acquiesçai en échauffant mes muscles, prête à donner le meilleur de moi-même, essayant de faire abstraction de la fatigue et de ces nausées et cette toux qui m’affaiblissaient depuis un bon mois déjà.

Il sonna le départ du chronomètre et je m’élançai sans pour autant aller trop vite, pour au moins pouvoir faire 10 mètres sans attraper un point de côté. Mes amis couraient devant moi, étant donné qu’ils devaient faire un meilleur temps que moi, qui suis la plus nulle de ma classe dans ce domaine.

J’étais très rapidement essoufflée et ma quinte de toux me reprit, mais je n’étais pas mal pour autant. Lors du second tour, ma nausée refit surface et une boule acide me remontait dans la gorge. Je fus obligée de m’arrêter et je quittai le chemin pour m’enfoncer un peu plus loin dans la forêt, où je vomis tout ce que j’avais mangé à midi.

Je me relevai doucement, mal en point, et trébuchai légèrement quand je voulus regagner le circuit. J’avais mal au ventre, aux côtes, à la gorge et à la tête. Bref, j’avais mal partout et je commençai à avoir des bouffées de chaleur, alors que la sueur collait mes vêtements à la peau et dégoulinait lentement dans mon dos, ce qui donnait une sensation plus que désagréable.

Mes yeux papillonnèrent et, en me sentant défaillir, je me rattrapai à l’arbre qui était à côté de moi. Ma tête tournait dangereusement et j’avais une sensation de froid qui s’insinuait dans l’intégralité de mon corps.

Puis, sans crier gare, mes jambes me lâchèrent et je m’effondrai par terre sans pouvoir me relever. Ma vue se brouilla et je m’évanouis.

Quand je me réveillai, j’eus la surprise de me retrouver dans une chambre entièrement blanche, avec seulement une petite télé accrochée au mur en face de moi. Le seul bruit troublant le silence qui régnait était le bip régulier d’une machine à mes côtés qui était reliée à mon corps par un enchevêtrement de fils médicaux. Une perfusion se logeait dans mon avant-bras, mais malgré ça, je me sentais bien, vraiment bien par rapport à ces derniers jours.

Je fus prise d’une nouvelle quinte de toux quand la porte s’ouvrit, en laissant apparaître une infirmière qui me sourit gentiment, avant de me prévenir de l’arrivée imminente de mes parents.

Au même moment, les concernés firent une entrée fracassante dans ma chambre en se précipitant au pied de mon lit, une immense inquiétude dans les yeux. Ma mère me prit immédiatement la main dans la sienne et la serra avec force.

  • Oh, ma chérie ! Comment tu vas ? Tu nous à fait si peur à ton père et moi ! Je t’avais dit de ne pas prendre ce médicament ce matin, ce genre de chose empire toujours tout.

Mon père la gronda gentiment, en lui répétant que les médicaments ne faisaient pas de mal, et qu’il faudrait plutôt attendre l’avis du médecin avant de tirer des conclusions hâtives sur le sujet.

Le temps passait, je discutais tranquillement avec mes géniteurs quand un homme habillé de blanc frappa à la porte, un dossier à la main.

  • et Mme. Sender ? Enchanté, je suis le Dr. Johnson, et j’aimerais vous parler seul à seul de l’état de votre fille.

Mon père se leva brusquement, rapidement suivi de ma mère qui déposa un léger bisou sur le haut de mon crâne, avant de sortir tous les deux avec le médecin hors de ma chambre.

Le silence retomba d’un coup, et je me tortillais, mal-à-l’aise, avant d’être prise d’une nouvelle quinte de toux qui ne s’arrêtait pas. Je me penchai en avant, une main sur la bouche, quand je commençai à recracher des glaires sanguinolentes. Mes yeux s’arrondirent quand j’arrêtai enfin.

La porte se rouvrit, laissant apparaître le visage fermé de mes parents, qui se décomposa aussitôt qu’ils virent ma main où gisaient des taches rouges, ainsi que sur les draps et ma tenue d’hôpital auparavant si blanche.

Quelques minutes plus tard, des infirmiers se présentaient en face de moi et m’entraînèrent dans des couloirs aux multiples portes pour une histoire de tests à passer.

De retour dans ma chambre, les draps était changés, le ménage fait, et mes parents ne s’y trouvaient plus. La nuit était tombée, ils étaient rentrés chez nous, et dans mon cœur commença à naître un sentiment d’abandon. Je commençais à perdre le cours de mes pensées : alors que ce matin je me réveillais dans ma chambre en compagnie de mes parents, je me retrouve ce soir dans un hôpital, un endroit où je n’ai aucun repère, seule. Je ne comprenais pas. Ou je ne voulais pas comprendre. On aurait au moins pu m’expliquer pourquoi je me retrouvais ici, pourquoi je devais rester, tout simplement pourquoi ?

Je finis par m’endormir, la tête remplie de questions, d’incertitude, de peur, les yeux brillants, les joues encore légèrement mouillées, où, par la porte entrouverte, défilait une série de médecins, d’infirmiers, des parents inquiets, des malades se promenant avant de retourner dans leur chambre.

Une journée passa, on m’avait rapporté mon téléphone et j’ai donc pu passer quelques heures sur les réseaux sociaux et à répondre à des centaines de messages d’inquiétude, d’encouragements ou de questions dont je n’avais pas la réponse. Le soir, mes parents revinrent me chercher et je leurs sautai dessus, heureuse de sortir, enfin de cet endroit. Je continuais ma vie comme si jamais je ne m’étais retrouvée à l’hôpital, malgré quelques médicaments que je devais prendre chaque jour, au plus grand malheur de ma mère.

Mais quelques jours plus tard, je me retrouvai dans un bureau aux murs jaunes, des photos accrochées un peu partout, assise devant un bureau rutilant et bien rangé, face à l’homme qui va sûrement bouleverser ma vie, voir la détruire.

L’homme, docteur Smith, comme indiqué sur la petite plaque posée sur le bois neuf, commença un long monologue, expliquant les résultats des analyses faîtes récemment, et mes parents buvaient ces paroles comme si c’était Dieu en personne qui leurs parlait, penché sur leurs sièges, ne loupant pas un seul de ses mots prononcés.

J’essayai vainement de comprendre, même si les termes étaient beaucoup trop scientifiques pour moi, mais quand Dr Smith se tourna pour me regarder, il m’expliqua dans un langage que je pus comprendre que j’étais gravement malade. Mon cerveau fut mis sur pause, retenant seulement un mot de tout son charabia, alors que je voyais encore ses lèvres bouger au fur et à mesure de son monologue.

 

« Cancer »

 

J’avais un cancer.

A suivre…

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